Lorsqu'il daignât la délivrer, ce fut pour la réveiller toutes les heures, la rappelant à la misère de sa nuit destructrice. Elle rêvait de choses horribles : de désespoir, de malaises, d'ignorance, de souffrance...
En fin de matinée, elle échouait définitivement sur les rives de l'éveil, tremblante.
Elle avait mal au c½ur et son corps engourdi était secoué de frissons réguliers et glacés. Son c½ur battait trop vite, il lui faisait mal. Elle pensait trop à lui. Lui qui hante ses jours, ses nuits, ses rêves. Elle avait envie de pleurer.
Soudain devenue très agressive, elle pinça sa joue de toutes ses forces. Elle ne sentait rien, aveuglée par sa peine. Les larmes de rage qui coulaient sur son visage noyaient la douleur, et elle se sentait vide, seule, abandonnée. Elle avait mal.
De puissants vertiges l'assaillaient, elle avait envie de hurler sa rage. Elle se sentait inutile, et ridicule. Les larmes continuaient de dévaler ses joues et s'écrasaient silencieusement sur le sol imperturbable.
Elle avait froid, son corps tremblait de toutes ses forces, luttant contre ses accès de fureur. Elle aurait pu tuer, ce soir là. Son cerveau brumeux ne réalisait rien, que le vide qui l'envahissait, la violence de sa ranc½ur et l'électricité qu'émanait sa colère.
Sa mâchoire enserrait comme un étau d'acier les mots de désespoir qui voulaient s'échapper de ses lèvres. Elle se sentait diabolique et violente, et sa transe l'épuisait et ajoutait encore à sa rage. Ses oreilles sifflaient et l'alarme aigue résonnait à ses oreilles comme un hurlement strident. Elle avait mal ! Mal à l'intérieur comme si un démon étouffait ses viscères. Comme si son corps était torturé par un enfer oppressant. Elle étouffait, dans son corps, elle brûlait dans sa rage. Des gouttes salées s'échappaient des pores de sa peau brûlante et pleuraient le long de son corps agité de soubresauts pesants. Son corps transpirait sa haine, exultait de malheur et de rancune. Il laissait s'échapper toutes ces blessures qu'il supportait sans rien dire pendant des années. Il évacuait ses vagues de haine, d'horreur, de mensonge.
Elle se sentait vide. Vide....
Elle vacilla soudain, portée par l'apesanteur. Elle s'écroula sur le sol froid et dur, dans un bruit mat. Son corps inanimé fulminait ses dernières rafales de désarroi, et elle restait là... seule, désespérée et vidée de toutes ses douleurs. Lasse et désemparée. Elle avait froid. Les larmes ne coulaient plus. Son corps n'était agité que par quelques sursauts épars. Son souffle devenait rauque, altéré par l'émotion malsaine Ses poings se crispaient et se détendaient sans qu'elle ne puisse les contrôler. Son visage déformé par la douleur ruisselait de gouttelettes brillantes. Sa tête vibrait et sifflait, des nausées violentes la tordaient de douleur, mais elle ne bougeait pas. Trop lourde, trop lasse, trop triste. Elle subissait les lois de son corps capricieux. Ses yeux devenaient lourds et vides, mais ils ne se fermaient pas. Ils restaient ouverts, fixant le plafond gris et austère. Du sang vint brouiller sa vue déjà trouble. Elle avait mal et froid. Elle suffoquait. Ses lèvres devenues sèches, bleuissaient, elle le sentait et elle luttait contre cette envie irrépressible de lâcher prise. Et toujours ce tapage infernal dans sa tête. Puis plus rien... ses poings se décrispèrent pour la dernière fois. Ses yeux fixeraient à jamais ce plafond sale. Sans scrupules, un dernier sursaut arracha son âme, et son corps inanimé gisait dans cette salle impersonnelle et glaciale. Son sang refroidit brusquement et sa peau devînt livide Le chagrin l'a vidée de son âme en même temps que sa peine
Elle n'était plus...
Ecrit le 24 octobre 2005



